Congé pour invalidité temporaire imputable au service : délais, salaire et procédure
Une chute dans l’escalier d’une mairie, une lombalgie reconnue après des années de port de charges : le congé pour invalidité temporaire imputable au service, ou CITIS, ne se traite pas comme un arrêt maladie classique. Il repose sur une reconnaissance d’imputabilité, celle du lien entre votre état de santé et vos fonctions. Cette reconnaissance se lit sur la fiche de paie, sur le remboursement des soins et sur la durée du congé. Elle se joue surtout sur des délais très courts, que beaucoup d’agents territoriaux découvrent une fois passés. Voici les règles applicables, la procédure que suit votre collectivité et ce que la nouvelle réglementation des arrêts de travail vient modifier pour tous les dispositifs de santé au travail.
Les trois situations qui ouvrent un congé pour invalidité temporaire imputable au service
Le code général de la fonction publique (CGFP) retient trois portes d’entrée : l’accident de service, l’accident de trajet et la maladie professionnelle. Les deux premières relèvent d’un événement soudain et daté. La troisième s’installe lentement, par exposition répétée à un risque, et se reconnaît par comparaison avec les tableaux de maladies professionnelles. Un agent des espaces verts atteint d’une affection du rachis lombaire après des années de manutention entre dans ce cadre.
La distinction n’est pas théorique. Elle commande le délai que vous avez pour déclarer, la durée d’instruction de votre dossier et la charge de la preuve.
L’accident de service, présumé lié au travail
Un accident survenu sur votre lieu de travail, pendant votre temps de travail et dans l’exercice de vos fonctions est présumé imputable au service. Vous n’avez aucune preuve de causalité à apporter. C’est à votre employeur de démontrer, le cas échéant, qu’une faute personnelle ou une circonstance particulière détache l’accident du service.
Cette présomption couvre plus large que le seul bureau. Elle vaut pendant une formation, une réunion hors de votre service d’affectation, une mission pour le compte de la collectivité, et pour les représentants syndicaux dans l’exercice de leur mandat. Le travail à distance est logé à la même enseigne : un accident survenu pendant les heures de télétravail et dans le cadre de vos fonctions reste un accident de service.
L’accident de trajet, dont la preuve revient à l’agent
Le trajet obéit à une logique inverse, et c’est le point que les agents anticipent le moins. Ici, aucune présomption ne joue : l’imputabilité au service doit être établie par vous.
Deux conditions encadrent la reconnaissance. L’accident doit se produire sur le parcours habituel entre votre résidence et votre lieu de travail ou votre lieu de restauration, et pendant la durée normale de ce trajet. Un détour personnel, une course intercalée, une pause prolongée suffisent à faire tomber le lien avec le service. Le crochet par l’école des enfants ou par un commerce, en revanche, relève des nécessités de la vie courante et reste couvert.
Déclarer dans les délais, sinon la prise en charge est refusée
La sanction du retard est sèche : hors délai, la demande de prise en charge est purement et simplement rejetée. Aucune appréciation au cas par cas, aucune régularisation possible une fois le terme dépassé.
Le compte à rebours démarre le jour de l’accident, ou celui de la première constatation médicale pour une maladie. Vous transmettez à votre collectivité un formulaire de déclaration qui précise le lieu, le moment et l’activité en cours au moment des faits, accompagné d’un certificat médical indiquant la nature et la localisation des lésions ainsi que la durée probable de l’incapacité. Ce certificat comporte quatre volets : le premier part chez l’employeur, les deux suivants restent en votre possession, le quatrième sert d’avis d’arrêt de travail si votre état l’impose.
| Document à transmettre | Délai | Point de départ |
|---|---|---|
| Déclaration d’accident de service ou de trajet | 15 jours | Date de l’accident |
| Déclaration de maladie professionnelle | 2 ans | 1re constatation médicale de la maladie |
| Volet n°1 du certificat médical | 48 heures | Date d’établissement du certificat |
| Prolongation de l’arrêt de travail | 48 heures | Établissement de l’arrêt de prolongation |
Le délai de 48 heures mérite une attention particulière, car sa sanction diffère. Un envoi tardif ne fait pas tomber votre dossier, mais la rémunération due entre l’établissement de l’arrêt et sa transmission effective est réduite de moitié. Cette amputation frappe le traitement indiciaire brut et les primes, pas l’indemnité de résidence ni le supplément familial de traitement.
Quand les lésions apparaissent tardivement, le compteur se déplace. Si elles sont médicalement constatées dans les deux ans qui suivent l’accident, le certificat doit parvenir à votre employeur dans les quinze jours suivant cette constatation.
Une seconde chance existe du côté des maladies. Lorsqu’une pathologie est nouvellement inscrite aux tableaux de maladies professionnelles après que votre état a été médicalement constaté, un nouveau délai de deux ans s’ouvre à compter de l’entrée en vigueur de ces modifications. La reconnaissance débute alors à cette même date. Cette règle sauve régulièrement des dossiers de troubles musculo-squelettiques ou d’affections liées aux produits d’entretien, dont les tableaux évoluent au fil des travaux scientifiques.

Ce que la collectivité continue de verser pendant le congé
C’est l’avantage décisif du dispositif face au congé de maladie ordinaire : vous conservez l’intégralité de votre traitement indiciaire, sans passage à demi-traitement, et sans durée maximale fixée à l’avance. Le congé court aussi longtemps que votre incapacité, constatée médicalement, vous empêche d’exercer vos fonctions.
L’indemnité de résidence et le supplément familial de traitement continuent d’être versés en totalité. S’y ajoute le remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par l’accident ou la maladie. La prise en charge couvre les consultations, les actes de kinésithérapie prescrits en suite de l’accident et, point souvent ignoré, les frais de transport engagés pour vous rendre aux soins. Conservez chaque justificatif : le remboursement s’obtient sur présentation des pièces, pas d’office.
Le régime indemnitaire, lui, échappe à cette règle nationale. Le maintien ou la suspension des primes est fixé par délibération de votre collectivité employeur. Deux agents placés dans une situation identique, l’un dans une communauté de communes, l’autre dans un conseil départemental, peuvent donc percevoir des montants différents pendant leur arrêt.
Consultez la délibération applicable dans votre structure avant d’établir un budget, et vérifiez ce que couvre votre protection sociale complémentaire en complément. Sur un arrêt long, l’écart entre une collectivité qui maintient l’intégralité du régime indemnitaire et une autre qui le suspend au premier jour se chiffre en centaines d’euros mensuels.
Une contrepartie existe, discrète mais réelle. Selon la CFDT Fonctions publiques, la seule conséquence de ce congé sur la carrière tient à l’absence d’acquisition de jours de RTT pendant la période. Vos droits à avancement et vos trimestres CNRACL, eux, ne subissent aucune interruption.
Comment votre employeur instruit la demande d’imputabilité
Une fois le dossier reçu, la collectivité doit se prononcer sur le lien entre l’événement et le service. Elle dispose pour cela d’un délai encadré, dont la durée dépend de la nature de votre demande. Les petites communes s’appuient fréquemment sur leur centre de gestion, qui instruit les dossiers pour le compte des collectivités affiliées et sécurise la procédure.
Trois motifs autorisent l’employeur à prolonger son examen : une expertise confiée à un médecin agréé, une enquête administrative sur les circonstances des faits, ou la saisine du conseil médical. Vous devez être informé du recours à l’une de ces mesures. Quand la maladie déclarée ne figure dans aucun tableau, le médecin du travail remet son rapport au conseil médical, sauf s’il constate lui-même le lien avec le service. De votre côté, une obligation s’impose : déférer aux convocations des médecins et des experts, sous peine de fragiliser votre dossier.
| Nature de la demande | Délai de droit commun | Délai en cas d’expertise ou d’enquête |
|---|---|---|
| Accident de service ou de trajet | 1 mois | 4 mois |
| Maladie professionnelle | 2 mois | 5 mois |
| Point de départ du délai | Réception du dossier complet | Réception du dossier complet |
Le placement provisoire quand l’administration ne répond pas
Le silence de votre employeur ne vous laisse pas sans solution. À l’expiration du délai applicable, vous êtes placé provisoirement en CITIS pour la durée indiquée sur votre certificat médical. Vous percevez donc votre traitement pendant que l’instruction se poursuit.
Ce placement reste réversible. Si la décision finale conclut à l’absence d’imputabilité au service, votre situation est requalifiée en congé de maladie ordinaire, avec les conséquences de rémunération qui s’y attachent, et le trop-perçu peut vous être réclamé. D’où l’intérêt de constituer un dossier documenté dès le premier jour : témoignages de collègues présents, mention au registre de sécurité, rapport de l’encadrement, photographies des lieux quand la configuration explique la chute. Ces pièces coûtent une heure à rassembler sur le moment et deviennent presque impossibles à reconstituer six mois plus tard.
Ce que la réforme des arrêts de travail change à compter du 1er septembre
Un décret du 29 juillet aligne la fonction publique sur des règles déjà appliquées aux salariés du privé. Ces dispositions entrent en vigueur pour les agents publics au 1er septembre. Elles visent tous les arrêts pour raison de santé, celui qui accompagne une invalidité imputable au service y compris.
Les avis d’arrêt de travail rédigés sur papier passent au formulaire Cerfa sécurisé, une parade à la circulation de faux documents. La durée des prescriptions se trouve pour la première fois plafonnée : 31 jours pour un premier arrêt, 62 jours pour chaque prolongation. Votre médecin conserve la possibilité de déroger à ces plafonds au vu de votre état. Attention à la continuité du suivi : votre rémunération n’est maintenue que si la prolongation vient du prescripteur initial, sauf impossibilité de le consulter.
Les collectivités héritent d’un pouvoir de contrôle nouveau. Quand le médecin assortit sa prescription d’une obligation de présence, votre employeur peut faire vérifier que vous êtes bien à votre domicile. Une absence injustifiée lors de ce passage, ou un refus de contrôle, ouvre droit à la suspension de votre rémunération.
La reprise, elle, se simplifie nettement. Une demande de temps partiel thérapeutique formulée à la sortie d’un CITIS doit recevoir une réponse au plus tard le jour du retour, quand le droit commun laisse 30 jours à l’administration pour trancher. Cette règle met fin aux reprises différées faute de décision écrite. Lorsque le retour sur le poste d’origine se révèle impossible, l’aménagement des missions puis le reclassement se construisent avec l’encadrement et le médecin du travail ; comparer les offres d’emploi des collectivités territoriales donne alors une idée concrète des passerelles accessibles.
Sources
- Service-Public.fr — le congé pour invalidité temporaire imputable au service du fonctionnaire, 2025
- Portail de la fonction publique — les nouvelles règles applicables aux arrêts de travail des agents publics, 2026
- CFDT Fonctions publiques — les droits et obligations de l’agent placé en CITIS, 2025







