Le 29 juin dernier, s’est tenue à l’invitation du MEEDDM la conférence nationale de lancement « Nature en ville », première étape dans l’élaboration du plan « Restaurer et valoriser la Nature en ville », prévu dans l’engagement 76 du Grenelle Environnement.
Plus de 300 personnes d’horizons variés (élus, représentants des services de l’Etat et des collectivités, professionnels de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme, de la construction, entreprises, chambres consulaires, associations, chercheurs, etc.) ont participé à ce colloque qui a permis d’explorer le sujet à travers une présentation des problématiques liées à la nature en ville, de présenter des expériences de collectivités et de d’inciter les présents à participer à la démarche collective d’élaboration du Plan.
La nature est une composante de la ville durable. Judith JIGUET, directrice de cabinet de Chantal JOUANNO secrétaire d’Etat à l’écologie, a ouvert la journée en insistant sur l’importance du rôle pluriel joué par la nature en milieu urbain. Celle-ci permet en effet de lutter contre l’érosion de la biodiversité contribue à lutter contre l’étalement urbain en favorisant l’habitabilité des villes ; elle répond à une demande sociale, ouvre des potentiels d’emplois et rend de nombreux services dits « écosystémiques » (atténue les îlots de chaleur urbain, filtre la pollution etc.). Soulignant l’ampleur du sujet et la complexité de la place de la nature en ville, elle a insisté d’emblée sur la nécessité d’une approche pragmatique du sujet, en s’appuyant sur des expériences déjà conduites. Elle a également replacé la question de la nature en ville au cœur de celle la ville durable dont elle est « une composante », en précisant que « c’est autour des enjeux de la ville durable que se construira la place de la nature en ville. Elle ne sera choisie que si elle est désirée et accessible, la nature y a toute sa place ».
La nature en ville n’appartient pas aux seuls urbanistes. L’approche urbanistique de la nature en ville a largement dominé les exposés : les urbanistes s’accordent sur le rôle structurant de la nature dans l’aménagement urbain, rôle illustré par l’exemple de la Loire, considérée comme la colonne vertébrale des projets d’aménagement de la « ville-territoire » Nantes-Saint Nazaire. A l’origine de nouvelles centralités urbaines, cette « nature aménageuse » évoquée par le chercheur Y. CHALAS ne doit plus être considérée désormais comme une variable d’ajustement. Pourtant « la ville n’appartient plus aux seuls urbanistes » a nuancé Ph CLERGEAU. Associé aux nombreux travaux français de recherche en écologie urbaine, engagés depuis une quinzaine d’année, il plaide pour une approche interdisciplinaire de la nature en ville, qui prenne en compte notamment sa dimension « vivante ». Car « la nature n’est pas artificielle » a-t-il rappelé. N. BLANC, chercheur en écologie urbaine, souligne elle aussi tout l’intérêt de mêler différents acteurs et différents savoirs pour bâtir un « urbanisme écologique ». Message entendu par J.M. MICHEL, directeur général de l’aménagement, du logement et de la nature au MEEDDM qui, à l’issue de la conférence, a invité les acteurs à remettre en cause leurs pratiques et à « dépasser les corporatismes ».
La place du citadin dans la nature en ville a été souvent évoquée lors des débats. Le « référentiel habitant » présenté par N. BLANC montre que la manière dont les habitants se forgent une idée de la nature en ville diffère de celle des scientifiques et des élus. Intégrer ce référentiel dans l’aménagement de la nature en ville s’avère incontournable : connaître les pensées et les pratiques des citadins, « loin d’être un frein à la création, est une porte d’entrée dans le concert du monde » a renchéri le paysagiste M. CORAJOUD. La Ligue ROC pour mieux prendre en compte cette question, a recommandé de l’aborder comme une thématique à part entière et, non de manière transversale aux ateliers.
Un travail collectif. 4 ateliers thématiques [1] prévus de septembre à décembre prochain et regroupant une trentaine d’acteurs de la ville recrutés sur la base du volontariat vont être, mis en place par la DGALN afin d’approfondir des questions relatives à la nature en ville. Ils ont pour finalité la formulation de « propositions concrètes et opérationnelles » à inscrire dans un plan d’actions» lors d’une conférence de restitution début 2010. Dans le prolongement de celle-ci, le plan d’actions « pour restaurer et valoriser la nature en ville » devrait être publié à la fin du premier trimestre 2010. Enfin, une page internet va être ouverte sur le site du MEEDDM pour mettre à disposition de tous, des documents de synthèse sur le thème de la nature en ville et nourrir ainsi le débat au sein des ateliers. Le défi de croiser le naturel et l’urbain est désormais lancé.
Tiphaine Kervadec
[1] * les quatre ateliers thématiques : atelier n°1 « Fonctions écologiques de la nature en ville et qualité de vie », atelier n°2 « Eau, nature et ville », atelier n°3 « Production des formes urbaines, articulation des échelles, relation ville et zone d’influence », atelier n°4 « Economie de la nature en ville »